7. Chés rachénes
24/02/2018
Lalie (Rosalie) et Lestin (Célestin) sont en visite chez leurs grands-parents qui habitent Frévent.
A peine arrivée, Lalie file dans la cuisine embrasser sa grand-mère. Qu’est-ce qu’elles adorent faire la cuisine ensemble ces deux-là ! Elles savent papoter ces deux-là. Mamie était en train de faire une dariole comme dessert et au moment de prendre un verre pour sa mesure du sucre, celui-ci lui glisse des mains et vient se briser sur le sol.
« -Vinguette, s’écrie la mamie !
-Que veut dire « Vinguette » demanda Lalie ?
-Ch’est parel equ « Bon-sang ! »
-Apprends-moi encore du patois, renchérie Lalie.
-Pourquo faire ? Cha va t’servir à quo ?
-À comprendre qui je suis, à mieux connaître le français et surtout à passer de bons moments avec toi.
-Ej cros te perds tin timps eum tchiote file. Te dvrais putôt apprinne el chinos. »
Au même moment Lestin avait couru en direction du garage de papy pour embrasser son idole. Celui-ci était en train de préparer ses lignes des pêches. Ils en ont passé des heures à taquiner le gardon ces deux-là ! Alors que papy, accroche un hameçon de 18 à sa ligne, celui-ci fait un faux mouvement et l’hameçon vient lui piquer le doigt.
-Droule ed brin, s’écrie papy !
-Que veut dire « Droule ed brin », demanda Lestin ?
-Ch’t’un vilain mot. Pourquo te m’dmandes cha ?
-J’aimerais bien que tu m’apprennes du patois ?
-Pourquo faire ? Cha va t’servir à quo ?
-A mieux connaître d’où je viens, à travailler ma mémoire et surtout à passer de bons moments avec toi.
-Ej cros te perds tin timps min tchiot garchon. Te dvrais putôt apprinne l’arabe.
[15 ans après]
Lalie a fait une école de commerce et a trouvé du travail à Shanghai. Elle vit dans une cité immense et bruyante dans une minuscule chambre, travaille à un rythme fou. Elle rêve d’espace, des petits plats de mamie, des rires de ses amies et du vent de la côte d’Opale qui lui fouette les jambes. Pour le coup, elle a dû apprendre le chinois.
Elle a le mal du pays, dans ce coin du monde, il n’a rien de semblable à son Nord-pas de Calais chéri et surtout pas la gentillesse des gens du Nord.
Lestin, lui, travaille pour une multinationale et a été envoyé en mission aux Émirats arabes. Il vit en haut d’une tour immense dans une chambre minuscule, travaille à un rythme fou et ne revient que très rarement en France. Il rêve de nature verdoyante, des histoires de Cafougnettes de papy, des délires avec ses amis et des peupliers qui chantent au vent sur le bord de la Canche. Pour le coup, il a dû apprendre l’arabe.
Il a le mal du pays, dans ce coin du monde; il n’y a rien de semblables à son Nord-pas de Calais chéri et surtout pas la jovialité des gens du Nord.
Lalie et Lestin se sont retrouvés bien seuls tout comme leurs parents et leurs grands-parents. Combien de fois la mamie a-elle-dit « Vinguette » dans sa cuisine sachant sa petite-fille si loin de son cœur. Et combien de fois le papy a dit « Droule ed brin » seul dans son garage sachant son petit-fils à des millions de kilomètres.
Lalie et Lestin n’avaient qu’un seul but : revenir au pays.
Mais voilà, ils ont comblé leur solitude et leur manque d’amour avec des gens de là-bas ; ils ne reviendront donc jamais.
Morales de cette histoire
1. Prenez garde de ne pas déraciner vos enfants de leur terre car sinon, ils iront s’enraciner ailleurs.
2. Ne jetons pas ce qui est bon pour nos enfants car sinon, ils iront s’empoissonner ailleurs.
Gabrié Caux